Les limites du mouvement étudiant actuel

Les limites du mouvement étudiant actuel

 

Pour beaucoup, la réalité politique s’appréhende essentiellement à travers des catégories telles que « gauche/droite », « radicaux/modérés ». Catégories utiles, certes, mais qui offrent un portrait grossier, du moins très approximatif de la réalité. Elles sont essentiellement relatives, sans  contenu ou orientation politiques précis ; elles renvoient à des éléments changeant au gré des flux et reflux de la lutte des classes. Être à gauche, au Canada, en 2013, est-ce que ça signifie la  même chose que dans la Russie de 1917, ou l’Espagne de 1936, la France de 1968? Et au fait, être à gauche de quoi ?

Pour étayer un projet révolutionnaire, il faut s’armer d’une conception infiniment plus précise de la réalité sociale et politique. Il faut en fait s’appuyer sur une conception scientifique du monde. À cet effet, l’absence, ou la faiblesse de l’analyse de classe dans le mouvement étudiant est un sérieux obstacle à une pratique politique plus avancée, plus ambitieuse. Si on ne comprend pas le caractère multi-classiste du mouvement étudiant, et qu’on se borne à penser la communauté étudiante comme sujet politique, on n’arrivera ni à définir d’objectifs clairs ni à savoir sur quelles forces s’appuyer pour avancer; bref, il sera impossible de formuler une stratégie révolutionnaire cohérente. Or la confusion en matière de transformation sociale est toujours récupérée par la bourgeoisie, qui elle sait ce qu’elle veut faire de cette société.

Une analyse de classe implique de chercher comment les différents enjeux de société, en éducation comme ailleurs, renferment les intérêts contradictoires, conflictuels de différentes classes sociales; comment les différentes luttes témoignent d’un problème global, celui de l’émancipation d’une classe face à une autre. Se sentir à gauche et plaider la justice sociale ne suffit pas. Ce qui importe, c’est de bien discerner où passe la ligne de démarcation de cette contradiction et choisir clairement de quel côté on se positionne. C’est à cette condition qu’on peut espérer avoir prise sur la réalité et s’affranchir de la poursuite vaine d’un illusoire « bien commun », pour reprendre une conception social-démocrate aussi répandue que pernicieuse. Qu’on se le dise, entre la bourgeoisie et le prolétariat, il n’y a pas de bien commun, il n’y a qu’un irréductible rapport de domination et d’exploitation. Prétendre le contraire, c’est entretenir la confusion, c’est handicaper le prolétariat dans sa conscience de classe. Pour que la société réalise un bien commun, il faudra d’abord que la bourgeoisie ait été renversée, éradiquée en tant que classe dominante.

Penser les luttes en termes d’intérêts d’une classe précise, et chercher d’abord et avant tout à s’y appuyer, ça évitera également d’en appeler inutilement à la conscience de la dite « société civile », autre concept vaseux du réformisme contemporain. La société civile, ce sont toutes les classes à la fois telles qu’elles s’organisent dans la vie civile, c’est-à-dire en dehors de l’État, et plus souvent qu’autrement ça renvoie à des organisations bourgeoises qui prétendent parler au nom de la société toute entière. Encore une fois, derrière cette façade unitaire, il importe de départager les camps pour construire un projet politique autour de la seule classe qui a véritablement intérêt à se débarrasser du capitalisme, la seule classe « révolutionnaire jusqu’au bout ».

Pour les militant-e-s du mouvement étudiant, il s’agit plus précisément de dépasser l’idée de construire l’unité autour des intérêts étudiants. Une telle chose n’existe pas. Il faut choisir entre les  intérêts du prolétariat en matière d’éducation et ceux de la bourgeoisie. Et il faut les défendre en tant que tels. Que l’on veuille ou non, considérer la formation d’un rapport de force pour gagner une revendication comme une stratégie, c’est ériger en stratégie la nécessité évidente, dans le cadre de toute lutte, de créer un mouvement suffisamment fort pour atteindre les buts fixés, c’est l’abc de la lutte. Mais, c’est aussi une façon commode d’évacuer la nécessité de développer stratégie à long terme, une orientation de fond avec des buts précis et d’accumuler à travers les combats de nouvelles forces. On se contente au contraire de voguer de grève en grève avec parfois des réussites et, trop souvent des échecs. Trop peu souvent on cherche à comprendre les raisons qui expliquent en quoi nos décisions, nos moyens de luttes soient les bonnes décisions et les bons

 

Le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier et syndical

Les faiblesses théoriques du mouvement étudiant s’observent également dans le rapport que trop de militant-e-s espèrent entretenir avec le mouvement ouvrier. Cet espoir trahit une mauvaise compréhension du rôle joué par les syndicats dans cette période de l’histoire du capitalisme. C’est qu’il faudra bien tirer la conclusion suivante: les syndicats sont aujourd’hui un puissant facteur d’adhésion des travailleurs et travailleuses au capitalisme et une force de répression de la combativité ouvrière dans la lutte des classes. Cette erreur prend la forme d’une fétichisation des syndicats, et d’une réduction du mouvement ouvrier à sa forme syndicale.

Combien de fois a-t-on religieusement déclaré une volonté d’agir en solidarité avec le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux? C’est une constante de tous les plans d’action, au moins au sein de la frange de gauche du mouvement. On espère tout haut que les syndicats se mettront en lutte, qu’on votera la grève sociale. Il faudra pourtant faire le bilan de cette «solidarité». Qu’en est-il sorti ? Parfois de très timides appuis officiels au bas d’un communiqué, la participation à d’infructueuses coalitions où il faut faire tous les compromis, les témoignages de sympathie pour les luttes étudiantes de la part de militants individuels, mais qui ne peuvent engager leur instance, un discours de bon ton lors d’une manifestation, souvent un simple désaveu public puant de paternalisme.

Jamais il n’y a l’ombre d’une véritable lutte menée côte à côte avec les travailleurs et les travailleuses. Toutes les bonnes intentions sont amorties par le tampon bureaucratique des organisations syndicales. Faut-il en donner quelques indices? La quantité impressionnante de cadres syndicaux, du sommet à la base, qui sont politiquement inféodés au parti patronal que sont les Partis Québécois et le Nouveau Parti Démocratique, et qui ont enterré depuis longtemps la question sociale sous la question nationale, qu’elle soit québécoise ou canadienne.

L’intégration des appareils syndicaux au capital financier par l’intermédiaire des fonds d’investissement, les intérêts ouvriers étant désormais plus que jamais soumis à la rentabilité du capital sous prétexte de sauvegarde des emplois. Les exemples qui s’accumulent de conflits de travail dans lesquels les syndicats font passer au travers de la gorge de leurs membres.

Faire la jonction entre le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier est un objectif louable, c’est même un impératif. Mais cette jonction ne doit pas être de pure forme, protocolaire. Elle doit se faire sur des bases politiques appropriées, c’est-à-dire prolétariennes et révolutionnaires, et ceci ne se fera pas par l’intermédiaire des syndicats. Il faut aller directement à la rencontre des travailleurs et des travailleuses, et les organisations pour nous permettre de le faire doivent encore être créées.

 

Faire sauter les verrous

Parmi les verrous idéologiques les plus lourds qui pèsent sur le potentiel révolutionnaire de la jeunesse étudiante, il y a une série de conceptions tactiques erronées ou limitées. Au niveau de la stratégie – c’est-à-dire au niveau des objectifs globaux, fondamentaux – il faut bien constater que plusieurs militants et militantes se situent du côté de l’avant-garde en se réclamant, avec plus ou moins de précision, de la révolution et de l’anti-capitalisme. Or le chemin qui mène à ces objectifs, qui matérialise au jour le jour la stratégie, est fait de choix, d’étapes, de méthodes, de détours, de tactiques.

Les principaux problèmes tactiques de l’extrême gauche révolutionnaires et anticapitalistes sont l’économisme et l’opportunisme. L’opportunisme, au sens où nous l’entendons, ne renvoie pas nécessairement ni même essentiellement à l’attitude malhonnête d’un carriériste ou d’un bureaucrate qui ferait passer ses intérêts personnels au premier plan même si ce genre d’opportunisme existe aussi, mais ce n’est pas le plus problématique. Il s’agit d’une erreur d’analyse politique partagée par des militantes et militants le plus souvent honnêtes et sincères, il s’agit généralement se substituer «les intérêts immédiats aux intérêts fondamentaux de la classe ouvrière, la recherche du succès immédiat à la lutte pour la révolution prolétarienne et pour le socialisme», à aplatir la stratégie révolutionnaire par des considérations tactiques à courte vue. Ce concept d’opportunisme, nous le devons aux révolutionnaires du début du XXe siècle, comme Lénine et Rosa Luxembourg. C’est objectivement une trahison de l’objectif révolutionnaire faite au nom d’impératifs immédiats du processus révolutionnaire.

La forme la plus répandue de l’opportunisme à l’heure actuelle dans le mouvement étudiant pourrait être qualifiée de théorie du radicalisme étapiste, avec des traits tantôt libertaires, tantôt marxisantes, parfois simplement syndicales. C’est essentiellement un processus de radicalisation des masses par les luttes jusqu’à l’éclosion des conditions d’un soulèvement révolutionnaire.  Alimentons le feu, donc, mais surtout, ne l’étouffons pas ! N’alons pas devancer le degré de conscientisation, de radicalisation des masses.

On voit bien ce que permet ce radicalisme étapiste: concilier une pratique essentiellement réformiste et économiste avec l’adhésion en principe à un horizon révolutionnaire. C’est la façon bon marché d’être d’extrême-gauche, où en fait la révolution devient moins une pratique politique qu’une sous-culture de groupe, avec ses symboles, ses chansons, ses micro-polémiques, ses soirées bien arrosées…

Pour l’heure, on s’absorbe tout entier dans les luttes immédiates, on s’immerge dans le mouvement spontané pour y faire progresser les consciences pas à pas, ici et maintenant, sans se préoccuper vraiment de la destination. On ne clarifie jamais les questions politiques, de stratégie et de tactique, relatives à la révolution, car c’est une perspective qui apparaît toujours comme trop lointaine, trop abstraite. Souvent cela prend la forme d’un mépris pour le débat et la réflexion théoriques au nom des réalités concrètes. C’est en bonne partie ce qui explique la pauvreté des luttes idéologiques dans le mouvement étudiant actuel et la stagnation de ses retombées politiques.

La matérialisation de cette conception tactique, c’est le cantonnement du militantisme dans les cadres du syndicalisme étudiant, l’outil de radicalisation des campus. L’association étudiante et l’assemblée générale sont alors le seul horizon; la prochaine proposition, la prochaine manifestation, le prochain congrès et l’impératif absolu d’y remporter des votes deviennent tout et les perspectives politiques à long terme ne sont plus rien. Pire encore, on adopte à qui mieux le vocabulaire de la bourgeoisie, celui qui constitue déjà le discours dominant, sans se préoccuper des graves handicaps idéologiques que cela représente dans la (re)construction d’une conscience de classe ; à cet égard, on choisit souvent les chemins plus faciles, trait caractéristique de l’opportunisme. On ne se prive pas impunément des outils d’une compréhension scientifique du monde sur lequel on cherche à avoir prise pour le transformer.

Sans travail politique révolutionnaire indépendant – nous entendons par là affranchi des structures associatives multiclassistes, pratiqué sur des bases révolutionnaires explicites et non seulement syndicales –, le syndicalisme étudiant, même «de combat», devient vite un plafond dans le processus de radicalisation. D’une part, c’est un mouvement fortement marqué par les cycles, les flux et reflux de mobilisation et de combativité, le renouvellement de ses membres C’est que le statut d’étudiante ou d’étudiant est par définition, dans notre société, transitoire.  Ceux et celles qui ont fondé leurs espoirs dans le syndicalisme ouvrier ou le milieu communautaire s’aperçoivent qu’il est autrement plus compliqué d’y être « radical-e » que dans les bastions de la gauche étudiante. D’autres cèderont à la pression en rentrant dans le rang d’un militantisme bureaucratique et de collaboration de classes. D’autres enfin se résigneront à offrir au meilleur de leur capacité un soutien à des populations en difficulté, se contentant par là surtout de panser les plaies béantes de la société capitaliste, sans réel espoir d’endiguer le mal par cette intervention sociale. En se cantonnant dans les structures et le langage du syndicalisme étudiant de combat, on gaspille une grande part du potentiel politique que recèle ce mouvement. On s’empêche de cueillir les meilleurs fruits de la radicalisation des masses étudiantes en accumulant des forces pour la révolution.

Mais les luttes pour les réformes immédiates sont les racines mêmes de la lutte pour le socialisme. La lutte pour des réformes – ou des revendications immédiates – et la lutte pour la révolution et le socialisme ne sont pas renvoyées dos-à-dos, mutuellement exclusives. Il y a moyen d’articuler les deux, de s’adresser aux besoins pressants des masses sans glisser dans l’opportunisme, sans compromettre les objectifs fondamentaux. Or, les conceptions tactiques dominantes dans les milieux radicaux du mouvement étudiant n’y parviennent pas. Il faut user d’un peu plus d’esprit dialectique, en l’occurrence il apparaît qu’il faut renverser la problématique qui sert de prémisse à la thèse de la radicalisation par étapes.

 

On a beaucoup prétendu que si les luttes sur les revendications immédiates ont tant de mal à aboutir – la lutte récente sur les frais de scolarité par exemple – c’est qu’on n’avait pas suffisamment tapé sur le clou de la préservation des acquis, et qu’on n’avait pas suffisamment construit le mouvement dans ses formes syndicales et réformistes, rassemblé dans un très large front uni ; qu’on avait même effarouché les consciences sociales émergentes par des propositions «extrémistes», à savoir la gratuité scolaire. Nous croyons plutôt que si le front de la préservation des acquis sociaux recule, et qu’à plus forte raison celui de la lutte pour de nouvelles réformes est frappé d’impuissance, le principal facteur en est l’absence d’un mouvement révolutionnaire un peu significatif.

Quel intérêt le gouvernement a-t-il à donner satisfaction, même partiellement, aux revendications actuelles de l’aile « réformiste radicale » du mouvement étudiant ? Aucun. Pour qu’il s’intéresse à ces revendications, il faudrait qu’il y voit pour lui un moindre mal, un façon d’échapper à pire. La bourgeoisie s’engage dans des réformes sociales par peur de la révolution. L’offensive de la bourgeoisie à l’échelle mondiale depuis deux à trois décennies, qu’on appelle souvent néolibéralisme, correspond aux reflux de la révolution. Voilà l’équation. Et la tendance à renverser.

Le jour où il y aura une frange significative de militants et militantes capables de déployer une agitation-propagande révolutionnaire dans le mouvement étudiant, de construire une opposition radicale aux intérêts de la bourgeoisie, alors le besoin se présentera pour le gouvernement d’isoler cette frange, de lui couper ses appuis. Et dans la mesure où la répression seule ne suffira pas, qu’il faudra y offrir une réponse politique, c’est vers le mouvement réformiste que l’État devra se tourner, sur lequel il devra s’appuyer. Et c’est alors que de nouveaux acquis sociaux auront le plus de chance d’être arrachés.

 

Vers un nouveau mouvement

En avançant l’idée qu’il est possible de transformer le mouvement étudiant, nous postulons donc qu’il est possible – et nécessaire – de déployer une activité politique révolutionnaire au sein du mouvement étudiant. Pour cela, il y a selon nous plusieurs obstacles à surmonter, qui sont d’abord d’ordre idéologique. Le militantisme étudiant, même dans ses formes strictement syndicales, politise ceux et celles qui l’animent. Il agit sur plusieurs comme un éveilleur de conscience sociale. Rapidement, toutefois, les armes idéologiques (concepts, principes, notions de stratégie et de tactique, etc.) transmises par ce militantisme s’avèrent insuffisantes pour affronter des tâches politiques plus vastes, pour avancer significativement sur le chemin de la révolution.

Il faut donc pallier la relative pauvreté des repères politiques et théoriques spontanément véhiculés par le militantisme étudiant. Or il existe un riche bagage idéologique révolutionnaire auquel on peut puiser, qui s’est accumulé au long des incessantes luttes de classes des deux derniers siècles passés sous la domination capitaliste, et qui fait la synthèse des expériences révolutionnaires les plus avancées. Faire abstraction de cet héritage historique, c’est faire un spectaculaire recul dans la lutte contre la domination bourgeoise et c’est liquider des leçons chèrement payées par les exploité-e-s du monde entier. Il importe au contraire de faire le bilan du mouvement étudiant à la lumière de ces leçons.

Lutter pour transformer un système social nécessite aussi de s’organiser autrement. Pour avoir un mouvement qualitativement différent de celui qui existe, la question n’est pas tant de former une organisation nouvelle, mais d’unir consciemment à partir de principes et sur des mêmes objectifs, à partir du point de vue révolutionnaire et des aspirations à la révolution, une jeunesse qui est depuis trop longtemps emprisonné par des tendances lourdes dans le mouvement étudiant i.e. le réformisme (radical ou non) et la conciliation de classe.

Les étudiantEs révolutionnaires ne visent pas à faire disparaître les associations étudiantes, leurs instances, etc. Les étudiantEs révolutionnaires luttent contre les courants réformistes qui en emprisonnent le mouvement étudiant et cherchent franchement à organiser, à favoriser, à développer un vaste mouvement de lutte idéologique dans le mouvement étudiant et de ce point de départ, favoriser chez les étudiantEs une nouvelle façon de voir leur implication dans le militantisme étudiant, dans leur façon de s’organiser, de lutter.

Le syndicalisme traditionnel ou de « combat » que l’on veut large et démocratique n’amène rien si les fondations sont basées sur le réformisme. Au nom des intérêts strictement étudiantEs, ce mur d’idéologies, de pratiques et de conceptions isolent et particularisent les étudiantEs et leur confèrent une spécificité qui en fait un groupe à part. Il s’en suit deux mouvements qui s’opposent, qui ne mènent pas le même combat. Le premier réformiste se fixe comme objectif l’amélioration d’une position privilégiée. L’autre, révolutionnaire se fixe comme objectif de s’inscrire dans le mouvement plus général de lutte pour abolir le capitalisme et par le fait même les privilèges. Bref, il faut résolument déployer l’esprit de révolte qui anime les masses exploitées, spécialement dans la jeunesse comme l’ont montré plusieurs moments importants de l’histoire, en l’unissant dans la lutte générale du prolétariat pour faire avancer la lutte révolutionnaire. En organisant des jeunes uniEs autour d’un programme révolutionnaire dans un mouvement qui se base sur la mobilisation consciente de la jeunesse et des étudiantEs, qui permet de lutter pour établir pourquoi nous devons combattre et comment le faire.

Ce mouvement nous voulons le construire où se retrouve la jeunesse prolétarienne dans les polyvalentes, cégeps et universités, dans les quartiers populaires et en solidarité avec le peuple. Nous affirmons qu’il faut travailler pour un mouvement étudiant qui s’unisse aux diverses organisations étudiantes démocratiques et anti-impérialistes existantes, pas hypocritement et sans principe, mais par la discussion et la pratique en déterminant ce qui est juste et ce qui est erroné afin de remettre la politique révolutionnaire au poste de commande et qu’enfin le mouvement étudiant ait une politique réellement correcte qui sert le peuple dans son combat contre le système capitaliste.

Nous savons pertinemment bien que notre entêtement à parler de révolution, de critique du système va déplaire aux habitué-e-s des accommodements en faveur de la bourgeoisie. Or, il ne peut y avoir qu’une seule politique qui vaille, celle de mener la lutte de classe. Cette simple idée, les étudiants et étudiantes révolutionnaires la défendent avec acharnement.

Aux insuffisances de la tactique de la radicalisation, nous opposons la nécessité d’un travail communiste indépendant. Nous postulons qu’il faut non seulement « chauffer » les masses, radicaliser les luttes qui seront toujours spontanément générées par les contradictions du capitalisme lui-même, mais encore, d’un même souffle et dès maintenant, construire concrètement le camp de la révolution. Il faut non seulement gagner les militants et les militantes à l’idée de révolution, mais les encourager à s’organiser sur cette base.

Pour exister et faire ressortir la force motrice dont les étudiantEs du prolétariat ont besoin, il faut qu’elle trouve une direction, un centre d’agrégation qui ouvre le chemin à une action collective. Ce centre d’agrégation c’est un ensemble de pratiques, le parti et sa ligne politique.  La révolution est une démarche de lutte, politique, organisée,dont l’objectif est de détruire cette société dans tous ses fondements et construire le monde nouveau. Sa première étape est la prise du pouvoir d’État, pour donner aux prolétariat les moyens de cette transformation. La révolution nécessite donc une orientation, un programme, une vision de la marche au communisme dans ses différentes étapes.

Cela ne peut s’acquérir sans un parti d’avant-garde.

Seul, le mouvement spontané, éventuellement radical et généralisé, peut voir le jour de façon spontanée; pas la révolution. Car les exploité-e-s, dans leur immense majorité, n’envisagent leur avenir que dans le cadre du capitalisme. Leurs luttes s’orientent plutôt vers une meilleure répartition des richesses, une meilleure organisation de la société, sans remettre en cause l’exploitation et la place des producteurs dans la société; elles sont spontanément réformistes.

La colère que provoque l’exploitation, la perte d’emplois, le logement cher, la pauvreté croissante sont la base indispensable au développement d’une politique révolutionnaire. A partir de ces mouvements, les communistes, par leur activité, peuvent amener les travailleurs à en dépasser les limites, à sortir du cadre étroit des rapports immédiats, pour prendre conscience de la nécessité de la transformation de toute la société; du renversement de la bourgeoisie. Dans tous ces combats, orientations réformistes et orientations révolutionnaires s’affrontent.

Pour rendre notre action politique et pratique plus efficace, il faut avoir une stratégie et des tactiques appropriées. Avoir une stratégie c’est beaucoup plus que d’avoir une philosophie d’organisation. Par exemple on sépare généralement le mouvement étudiant en deux. Un, le plus imposant pour l’instant, est le mouvement étudiant dirigé par les courants réformistes dont le moyen d’action principal est la collaboration de classe avec l’État. L’autre, le plus petit se revendique du syndicalisme de combat et d’une certaine distance avec l’État. En apparence les deux camps sont bien divisés. Pourtant, si on y regarde de plus près, on réalise rapidement que les deux courants ont une fonction similaire, objective, qui est celle d’empêcher la jeunesse de développer de réelles pratiques d’action se situant à l’extérieur des règles imposées par la bourgeoisie.

Le syndicalisme de « combat » en lui même est une coquille vide si on ne se pose pas la question de quels sont nos combats? Comment les menons-nous? Qui défendons-nous? Les intérêts de qui sont mis de l’avant? Se contenter comme aujourd’hui de s’auto étiqueter de gauche parce que l’on rajoute le mot combat à syndicalisme c’est oublier que 9 fois sur 10 c’est le syndicalisme platement réformiste qui l’emporte. Il est certes positif de ne pas vouloir s’engager dans la collaboration avec l’État, mais cela amène aussi l’obligation de développer une stratégie pour enligner ce choix.

Les étudiantEs révolutionnaires se fixent comme tâche essentielle dans leurs écoles, quartiers, lieux de travail, de faire passer une majorité des étudiantEs, quelle que soit leur origine de classe sur les positions révolutionnaires. La première marche vers ce mouvement c’est la participation effective d’une tranche significative d’étudiantEs à la lutte à plus long terme pour la reconstruction d’un mouvement étudiant sur de nouvelles bases prolétariennes et révolutionnaires.

Pour nous, la construction d’un nouveau mouvement étudiant ou la déconstruction de l’ancien mouvement, doit passer bien plus par une profonde réorganisation politique et idéologique du mouvement et cette reconstruction est elle-même subordonnée à la construction du Parti. Sans un parti fort, puissant il est illusoire de penser organiser un mouvement étudiant très différent de celui qui existe.

Nous avons besoin de construire un vaste mouvement, qui en pratique et en théorie s’appuie sur les masses les plus exploitées et opprimées par le système impérialiste. Un mouvement de fond qui met en lumière et s‘attaque aux causes de cette exploitation et oppression et non seulement aux effets. Nous avons besoin d’un mouvement qui renforce la tendance existante dans la jeunesse qui voit que c’est seulement par l’élimination complète, ici et ailleurs, du système capitaliste qu’il est possible de résoudre les problèmes du peuple. Bref, il faut résolument déployer l’esprit de révolte qui anime les masses exploitées, spécialement dans la jeunesse comme l’ont montré plusieurs moments importants de l’histoire, en l’unissant dans la lutte générale du prolétariat pour faire avancer la lutte révolutionnaire.

Pour y arriver, nos devons modifier notre approche au militantisme étudiant en mettant de l’avant les principes révolutionnaires qui permettront de donner vie à un tel mouvement.

 

L’anti-capitalisme

Chaque revendication gagnée à l’intérieur de l’ordre actuel n’est rien de plus qu’un gain temporaire et partiel, et bien que nous devons lutter pour conquérir des revendications, des libertés et des droits, nous devons garder comme objectif le renversement du système capitaliste qui domine actuellement dans notre pays et nous devons lutter contre l’État bourgeois pour pouvoir construire une société complètement nouvelle, où plusieurs des problèmes actuels du peuple commenceront à se résoudre de façon permanente et profonde.

 

Le radicalisme

Il faut chercher à résoudre les problèmes à leur racine, et cela demande de renforcer l’organisation des étudiants et étudiantes en opposition au système économique et politique actuel, et de tout son appareil répressif et ses appareils propagandistes. Nous devons élever les luttes économiques et partielles à des luttes politiques, c’est-à-dire des luttes contre le système qui visent à structurer la société et l’État d’une manière radicalement nouvelle. C’est-à-dire qu’il ne faut pas chercher à faire de petites réformes au système actuel, mais bien à lutter pour construire une société totalement nouvelle, dirigée par les travailleuses et les travailleurs pour le bénéfice du peuple.

 

Doit combattre le système

Ce n’est pas en s’intégrant au système capitaliste ou en collaborant avec lui que se gagnent les libertés et les droits. Peu importe les bonnes intentions qu’ont certainEs, peu importe le gouvernement. C’est un système qui détermine que des milliers de jeunes doivent être gardéEs en dehors des écoles, que nous devons travailler pour enrichir une minorité. C’est un système qui fait appel aux forces armées et à la police pour réprimer le peuple quand il se lève. Les véritables transformations révolutionnaires prennent place seulement avec la lutte de millions de personnes contre la minorité d’oppresseurs qui vont défendre leur système par tous les moyens. S’accomoder des failles du capitalisme n’est qu’illusions.

 

Être internationaliste

Les travailleurs et travailleuses des différents pays – qui sont les piliers de la société dans tous les coins du monde – ont de très grandes similitudes et des conditions de vie presque égales. Bien qu’il existe des particularités liées à la domination et l’oppression impérialiste dans diverses parties du monde, celles-ci sont minimes en comparaison des problèmes communs, tandis que les oppriméEs ont des différences très grandes avec les exploiteurs de chaque pays. Dans ce sens, tous et toutes les oppriméEs du monde doivent unir leurs luttes contre leur ennemi commun, en s’alliant avec les masses d’ouvriers, d’ouvrières et de paysanNEs des autres parties du monde, peu importe s’ils et elles parlent espagnol, anglais ou arabe. Les aspirations des peuples du monde sont déjà semblables, bien qu’il faille encore qu’elles se convertissent en la véritable aspiration et la véritable fonction du prolétariat international: être le fossoyeur du vieil ordre et le créateur d’une société nouvelle.

 

Indépendant de l’État et anti-réformiste

L’État est une machine de répression de la classe dominante contre le peuple. Pour progresser, il faut être clair sur cette question. Il faut clairement refuser toutes les propositions de concertation et de conciliation de classes que l’État actuel cherche à nous enfoncer dans la gorge pour nous contraindre à être participantEs à notre propre oppression. De même, le réformisme doit être combattu car il vise à convertir les organisations étudiantes en un appendice de l’État et à les rendre totalement inutiles pour conquérir et défendre des droits – bref les rendre inutiles pour le peuple, mais fort utiles pour les classes exploiteuses.

 

Combattre pour une éducation prolétarienne et scientifique de masse

L’éducation doit servir à l’immense majorité du peuple à construire une société indépendante de l’impérialisme et unie aux peuples du monde complet. Scientifique dans le sens qui permet au peuple de trouver la vérité dans les faits au moyen de la recherche de la société et de la nature et permet de la transformer au bénéfice de l’immense majorité de la population. De masses, dans le sens que toutes les masses du peuple ont accès et ils s’approprient de ce nouveau type d’éducation. Ceci implique combattre pour une éducation gratuite à tous les niveaux, mais cela implique aussi de combattre par un nouveau contenu de l’éducation en fonction de la libération populaire, étant conscients qu’une éducation vraiment au service du peuple et des masses sera obtenue seulement dans une nouvelle société pour laquelle nous devons combattre.

 

Les tâches actuelles des communistes dans le mouvement étudiant:

Pour les communistes, l’intervention dans le mouvement étudiant comporte deux grands champs d’intervention:

1) La lutte révolutionnaire pour assurer l’organisation révolutionnaire des étudiants, pour préparer les conditions permettant aux étudiantEs de se lier avec les masses populaires, mener la lutte de classes et faire la révolution;

2) la lutte pour des revendication immédiates à partir des demandes actuelles des étudiants et étudiantes.

Ces deux groupes de tâches sont indissolublement liés, et aucune ne peut être négligée.

Dans leur tâche pratique, les militantE ÉtudiantEs révolutionnaires mettent de l’avant la nécessité de la révolution, expliquent aux autres étudiantEs en quoi consiste l’actuel système économique-social, expose les fondements du capitalisme au Canada et son développement, dévoile l’existence de classes sociales et de la lutte de classes, le rôle de l’État, ses institutions et sa relation avec la grande bourgeoisie et l’impérialisme, en démontrant que les améliorations aux bénéfices des masses populaires ne sont jamais donnés par générosité des dirigeants, mais doivent êtres arrachés au moyen de luttes.

Dans ce même ordre de tâches, il s’agit aussi d’élever la conscience chez les étudiantEs que les luttes étudiantes doivent être liées aux intérêts du prolétariat et du peuple, en expliquant le rôle historique du prolétariat, les succès et les échecs des mouvements révolutionnaires dans le monde, la nécessité d’un parti révolutionnaire et en menant la lutte idéologique contre le réformisme, le révisionnisme et l’opportunisme dans toutes ses expressions, en défense de l’idéologie scientifique du prolétariat : le marxisme-léninisme-maoísme.

Les tâches de la lutte revendicative des étudiants incluent l’agitation autour des problèmes conjoncturels qui les affectent, celle que passe naturellement à premier plan pour l’instant, vu le niveau de développement des masses. L’agitation entre les étudiants consiste ce que chaque militantE révolutionnaire prenne part dans les manifestations étudiantes, dans la confrontation entre les étudiantEs et l’État qui tente de freiner le mouvement, dans les luttes motivées par des manques en infrastructure, sur l’enseignement, dans des réformes éducationnelles, dans la dénonciation de l’endettement, etc. Les militantEs révolutionnaires devront apprendre à s’orienter devant ces problèmes, à diriger l’attention vers les abus plus importants et à formuler de manière précise et pratique les revendications.

Avec peu d’organisation et peu d’outils de coordination beaucoup de luttes importantes ont été menées. Il faut maintenant y intégrer de nouvelles traditions de lutte, révolutionnaires. Le mouvement étudiant a montré qu’il était capable, dans certaines conditions, à lutter durement pour des revendications démocratiques et économiques. Pour ces combats, le mouvement étudiant a utilisé, en particulier, l’arme de la grève pour réclamer des améliorations au régime d’aide financière, pour la gratuité scolaire, etc.

En général, les luttes menées par les étudiants et étudiantes sont spontanées i.e. le mouvement pratique des masses avance alors que sa prise de conscience, son organisation et sa direction marquent un retard important et ne répondent pas aux tâches de l’heure. Un des enjeux de la période actuelle, est justement la reprise en main par les étudiants et étudiantes de la lutte idéologique, politique, pratique qui permettra l’émergence d’une orientation politique révolutionnaire et prolétarienne chez les étudiants et étudiantes. Cette lutte est propulsée maintenant par des militants et militantes révolutionnaires sincères et sera portée plus loin par l’émergence d’un vaste mouvement étudiant révolutionnaire en mesure de combattre et le capitalisme et mener la lutte révolutionnaire pour le communisme. Sous n’importe quelle forme et dans n’importe quelles conditions, situations, etc. dans les décisions politiques quotidiennes comme dans la lutte, c’est une question de principe pour tout révolutionnaire, toute révolutionnaire, de ne jamais perdre de vue le but final.

Dans la période actuelle, le MER-PCR entend jouer le rôle de noyau révolutionnaire actif dans le mouvement étudiant. Ce noyau s’emploi de manière conséquente à favoriser l’émergence chez les étudiants et étudiantes d’un véritable courrant de lutte de classe. Nous considérons en être, compte tenu du niveau actuel de nos forces et des conditions générales qui prévalent aujourd’hui, au début d’un long processus qui s’amorce avec l’obligation de déployer largement la propagande révolutionnaire dans le mouvement étudiant.

Bien sûr, il existe des organisations, réformistes, anarchistes qui prétendent toutes mener la lutte contre le capitalisme. Certaines d’entre-elles sont plus anciennes, mieux établies dans le mouvement étudiant et possiblement plus influente aussi. Mais aucune n’a démontré jusqu’à présent une réelle volonté à former et organiser le mouvement étudiant de façon différente de celui qui existe présentement.

Pour l’instant, et compte tenu de nos forces, ce que nous combattons ce sont les tendances et groupements, les idées et conceptions liéEs à la bourgeoisie, au réformisme, etc. En mettant de l’avant la perspective révolutionnaire. Les moyens pour accomplir ce travail sont l’agitation et propagande communiste, l’intervention communiste indépendante dans les luttes revendicatives justes.

Nous interviendrons dans ces luttes en soulignant l’importance d’une direction idéologique claire ayant des perspectives claires. Dans notre participation à la lutte étudiante nous lutterons pour conserver toute notre autonomie vis-à-vis des associations étudiantes en visant plutôt à descendre plus bas dans le mouvement, vers les larges masses étudiantes dans les cégeps, universités et polyvalentes.

Nous encouragerons systématiquement les étudiants et étudiantes à s’organiser et lutter autour du point de vue communiste et révolutionnaire dans le mouvement étudiant en cherchant toujours à séparer l’intérêt du prolétariat de l’intérêt bourgeois et ce, quelque soit le niveau de mobilisation ; en faisant prévaloir l’intérêt collectif et à long terme du prolétariat sur les intérêts sectoriels et à court terme ; en menant des luttes qui correspondent aux intérêts du prolétariat et des masses populaires, qui unifient le camp de la révolution et divisent le camp de la bourgeoisie. Nous entendons lutter dans le mouvement étudiant contre toute conception ou tendance à fonder son action sur les libertés que la bourgeoisie consent. L’accumulation des forces révolutionnaires ne peut se faire dans le cadre des procédures et des libertés inscrites dans les constitutions de la bourgeoisie. Celles-ci ne valent que dans la mesure où elles sont utiles à la bourgeoisie pour conserver son pouvoir et garder soumis le prolétariat et les masses populaires.

Nous chercherons à mener l’attaque contre la bourgeoisie et l’État capitaliste et faire de chaque lutte un problème d’ordre public, un problème politique qui débouche sur la lutte pour le socialisme et le pouvoir prolétarien.

Nous favoriserons l’utilisation des moyens de luttes les plus variés qui s’appuient sur la mobilisation la plus large. En général, les luttes étudiantes, en dehors des manifestations nationales, demeurent trop souvent circonscrites aux institutions en grèves ce qui fait en sorte que le mouvement en arrive à se couper jusqu’à un certain point de l’ensemble de la société. Il faut au contraire viser une participation massive et travailler vers l’extérieur plutôt que de demeuré-e-s prisonniers et prisonnières de nos cégeps, universités et polyvalentes.

C’est pourquoi le MER invite les étudiants et étudiantes, les militants et militantes de la jeunesse qui sont globalement d’accord avec ces perspectives, à construire avec nous le mouvement révolutionnaire étudiant, réponse des jeunes du prolétariat au mouvement étudiant actuel, dominé par le réformisme.

 

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