Un autre cafouillage de la FÉUO : l’importance de la ligne de masse et de l’assemblée générale dans les luttes de libération

La dernière réunion du Bureau des Directeurs de la FÉUO a été le théâtre d’une bataille autour d’enjeux de taille, allant de la solidarité avec la résistance palestinienne à celle pour l’autonomie corporelle des femmes et comprenant plusieurs autres fronts. Malheureusement, les bureaucrates de la FÉUO ont encore une fois emprunté une stratégie qui écartait la participation des masses et qui consistait à ajouter une liste de mouvements de libération politiques à appuyer dans le manuel de politiques de la FÉUO. En cherchant discrètement à faire adopter cet amendement par l’institution restreinte qu’est le bureau des directeurs, sans aucune annonce à l’ensemble de la population étudiante, la manœuvre ne bénéficiait d’aucun appui qui lui aurait permis de résister à l’attaque réactionnaire qui a été lancée par les forces conservatrices quand celles-ci ont découvert le projet d’amendement, quelques jours à l’avance.

Avant d’aller plus loin, nous tenons à souligner que le Mouvement Étudiant Révolutionnaire appuie la lutte de libération du peuple palestinien, l’autonomie corporelle, l’émancipation des personnes de couleur, des peuples autochtones et des personnes opprimées par le genre, et s’oppose à l’islamophobie, à l’exploitation abusive des gaz fossiles, au capitalisme et au colonialisme. Ces positions politiques ne sont pas l’objet de nos critiques envers la FÉUO, puisque nous estimons qu’elles sont justes, même révolutionnaires dans la mesure où elles remettent en question un système de classes oppressif comme le capitalisme. Le problème est plutôt dans la façon par laquelle la FÉUO prétend appuyer ces luttes alors qu’il ne manque pourtant pas d’alternatives.

Alors qu’approche à grand pas la prochaine Assemblée Générale, l’instance décisionnelle suprême de la FÉUO qui réunit des centaines d’étudiant.es pour débattre et décider de diverses propositions pour utiliser les ressources de notre fédération, les bureaucrates ont plutôt choisi une instance restreinte, réunissant une poignée de leurs partisans, pour présenter cette proposition qui affecte la vie de millions de personnes et qui inclut des principes que nous savons controversés. Comme de fait, des groupes conservateurs, et plus particulièrement pro-Israël, ont été informés du projet et ont mobilisé leurs forces, proférant des menaces à quiconque appuierait notamment la mesure de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) envers Israël.

Le BDS est une campagne internationale, lancée par une centaine d’organisations militantes et humanitaires palestiniennes pour aider la lutte pour la libération de leur peuple. Inspirée par la campagne de boycott contre l’État sud-africain de l’apartheid, elle vise notamment à empêcher toute collaboration avec les opérations militaires israéliennes et à freiner les activités économiques qui se font sur des terres volées au peuple palestinien. L’État israélien combat férocement cette campagne, car il se reconnaît implicitement dans une position similaire à l’État sud-africain des années 80, et pour ce faire il mandate des organisations à travers le monde pour défendre ses intérêts.

C’est le cas d’un des groupes qui a mobilisé contre le projet d’amendement, Hillel, une organisation pro-israélienne qui a des sections sur des campus collégiaux et universitaires à travers le monde et dont le mandat consiste à défendre le projet de colonisation israélien. Bien qu’elle prétende agir au nom de la lutte contre l’anti-sémitisme et de la défense de tous les Juifs, Hillel défend une vision très restreinte de l’identité juive, assimilée à l’identité israélienne, et se permet de taxer d’anti-sémite toutes les personnes, même juives, qui défendent le BDS. Il existe pourtant une myriade de groupes juifs qui condamnent l’État israélien et qui voient le BDS comme une mesure légitime pour rectifier l’injustice historique commise envers le peuple palestinien. De plus, même au sein des rangs pro-israéliens, les tactiques de Hillel sont contestées. Le groupe Open Hillel, par exemple, refuse de taxer d’anti-sémite tous les opposants à Israël et préconise le dialogue sur la question du BDS. De plus, dans leurs propres recherches, Hillel reconnaît que la grande majorité des étudiants juifs en Amérique du Nord ne ressentent aucun lien avec Israël. Les prétentions de Hillel et ses alliés conservateurs à représenter l’ensemble de la communauté juive sont donc frauduleuses.

Dans la même veine, un groupe d’étudiants « pro-vie », c’est-à-dire contre l’autonomie corporelle des personnes enceintes, ont protesté contre l’inclusion d’une clause pro-choix, qui menacerait leur éligibilité à jouir des bénéfices d’un club étudiant. C’était donc à toute une coalition de groupes fermement conservateurs, y compris des bureaucrates du Parti Conservateur lui-même, que la FÉUO avait affaire. Leurs tactiques d’intimidation, y compris la menace de poursuites judiciaires, avaient toutes les chances de gagner en l’absence d’une mobilisation du côté pro-palestinien, pro-choix et de gauche en général. Résultat, la FÉUO a capitulé sur le chapitre de la lutte pro-palestinienne, retirant à l’avance la mention du BDS et finissant par adopter un engagement insignifiant « pour la paix » entre la Palestine et Israël, et les directeur.trice.s ont procédé au vote secret, empêchant au corps étudiant de savoir de quel côté illes se tiennent. Nous pouvons saluer le maintien de l’amendement pro-choix, mais la situation dans son ensemble n’est vraiment pas encourageante.

Cependant, notre principale critique ne vient pas du résultat, prévisible, de la manœuvre, mais vise plutôt sa légitimité et sa substance. Car en quoi une trentaine de bureaucrates étudiant.es qui sont élu.es une fois par année sont-illes aptes à adopter des positions politiques pour l’ensemble des membres de la fédération, soit plus de 35 000 personnes; il est inconcevable qu’une telle adoption se fasse sans débat à travers la population étudiante.

Ceci nous porte donc à la mise en application des propositions, car bien qu’il y ait eu une forte opposition à celle-ci, l’étendue des propositions est très limitée. Puisque l’ensemble des propositions ne sont en fait que des amendements à la constitution de la FÉUO, document interminable et très peu connu de la population étudiante, et qui dispose de peu de pouvoir réel. Ainsi, changer quelques lignes dans la constitution de la FÉUO n’apporte pas de réel soutien à ces communautés opprimées, bien au contraire elle fait passer leurs luttes légitimes pour des manœuvres de bureaucrates.

Comment la FÉUO peut-elle alors adopter des positions politiques de façon légitime et substantielle?  Et bien pour ce faire ces positions doivent être présentées devant et soutenues par la population étudiante.  En d’autres mots, la FÉUO ne peut aller au-devant de ses membres, et de telles positions doivent refléter un changement au sein son membership. De plus, l’adoption de positions politiques se doit d’être démocratique, sans quoi elles sont vides de sens.

C’est avec ses principes à l’esprit que le MER met de l’avant la stratégie de la ligne de masse pour mener les luttes de libération. Cette approche, alimentée par l’expérience des luttes révolutionnaires des peuples des quatre coins de la planète, peut être résumée par le principe «Partir des masses pour retourner aux masses». Concrètement, en tant que militant.es pour la libération des masses, nous devons mener notre travail politique parmi celles-ci, recueillir leurs idées, et façonner des campagnes politiques en se basant sur leur appui et leur participation. Nous devons rencontrer les masses ou elles sont pour pouvoir faire avancer la lutte. C’est seulement ainsi que nous serons en mesure de faire avancer des combats extrêmement difficiles, comme le BDS, qui nous mettent en opposition avec des États et des corporations qui sont capables de se payer des mercenaires politiques sur tous les continents.

C’est pourquoi, dans notre contexte à l’Université d’Ottawa, le MER réitère l’importance des Assemblées Générales en tant que plus haut corps décisionnel de la FÉUO. Car nous estimons que ce n’est qu’à travers celles-ci que de telles positions politiques peuvent être adoptées en toute légitimité! Nous vous invitons donc à venir participer à la prochaine Assemblée Générale de la FÉUO qui aura lieu mardi prochain, le 14 novembre, à 18h30 dans l’Auditorium des Anciens. Il y aura à l’ordre du jour les  propositions suivantes de la part du MER:

 

-La réduction du salaire des membres de l’exécutif de la FÉUO à un taux horaire de 15$/h pour un total de 20 heures par semaine;

 

-De mandater la FÉUO d’assurer une plus grande participation des étudiant.es dans la définition du syllabus, qui serait prise en compte par les professeur.es et de promouvoir l’introduction d’un cours obligatoire pour les étudiant.es, traitant du thème de la colonisation.

 

De même, nous appelons tous les étudiant.es progressistes à passer à l’offensive devant la débâcle des amendements de la FÉUO. Le BDS notamment, est une victoire à portée de main, qui fait des progrès ailleurs au Canada et aux États-Unis, et nous nous engageons à appuyer toute lutte en solidarité avec les groupes opprimés.

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